Le patch de rivastigmine : guide pratique pour accompagner votre proche
Vous venez d'apprendre que le médecin a prescrit un patch de rivastigmine à votre parent ? Ce guide est là pour vous donner des repères clairs et concrets, sans jargon inutile.
Qu'est-ce que le patch de rivastigmine ?
Un médicament qui aide le cerveau à mieux fonctionner
La rivastigmine est une molécule qui appartient à la famille des « inhibiteurs de la cholinestérase ». Derrière ce nom compliqué se cache un principe simple : dans la maladie d'Alzheimer, le cerveau manque d'une substance appelée acétylcholine, essentielle pour la mémoire et la concentration.
La rivastigmine empêche la destruction de cette substance. Résultat : le cerveau dispose de plus d'acétylcholine pour fonctionner.
Le patch est un dispositif qui se colle sur la peau et libère le médicament de façon continue pendant 24 heures. Il est commercialisé sous le nom d'Exelon, mais il existe aussi des génériques (comme Rivastigmine Zentiva).
Pourquoi un patch plutôt que des gélules ?
La rivastigmine existe aussi en gélules à avaler. Mais le patch présente plusieurs avantages :
- Moins d'effets secondaires digestifs (nausées, vomissements) car le médicament passe directement dans le sang sans traverser l'estomac
- Diffusion régulière sur 24 heures, sans pic ni creux
- Plus simple à gérer quand votre proche a du mal à avaler ou oublie de prendre ses médicaments
- Visuel : vous voyez immédiatement si le patch est en place
À qui s'adresse ce traitement ?
Le patch de rivastigmine est prescrit dans deux situations principales :
- Maladie d'Alzheimer légère à modérément sévère : quand les troubles de la mémoire et du raisonnement commencent à affecter la vie quotidienne
- Démence associée à la maladie de Parkinson : quand des troubles cognitifs apparaissent chez une personne parkinsonienne
💡 À retenir
Ce traitement n'est pas adapté à tous les stades de la maladie. C'est le médecin spécialiste (neurologue, gériatre) qui évalue si votre proche peut en bénéficier.
Quand ce traitement n'est pas possible
Le patch de rivastigmine ne convient pas en cas de :
- Allergie connue à la rivastigmine ou aux patchs
- Problèmes de peau étendus qui empêchent l'application
- Certains troubles cardiaques ou digestifs graves
Le médecin vérifiera ces points avant la prescription.
Les dosages : une montée progressive
Le patch existe en trois dosages :
| Dosage | Utilisation |
|---|---|
| 4,6 mg/24 h | Dose de démarrage |
| 9,5 mg/24 h | Dose d'entretien habituelle |
| 13,3 mg/24 h | Dose maximale, si nécessaire et bien tolérée |
Pourquoi commencer doucement ?
Le médecin prescrit toujours la dose la plus faible au début. Après au moins 4 semaines, si votre proche tolère bien le traitement et que c'est jugé utile, la dose peut être augmentée.
Cette montée progressive permet au corps de s'habituer et limite les effets secondaires.
⚠️ Important
Ne modifiez jamais la dose vous-même. Seul le médecin décide d'augmenter, maintenir ou réduire le dosage.
Comment utiliser le patch au quotidien
Où appliquer le patch ?
Collez le patch sur une zone de peau :
- Propre, sèche et sans poils (ou avec très peu de poils)
- Sans coupure, rougeur ou irritation
- Accessible pour que votre proche ne l'arrache pas
Les zones recommandées sont :
- Le haut ou le bas du dos
- Le haut du bras
- La poitrine (en évitant les seins)
La règle d'or : changer de zone chaque jour
Pour éviter les irritations cutanées, n'appliquez jamais le patch deux jours de suite au même endroit. Attendez au moins 14 jours avant de revenir sur une zone déjà utilisée.
💡 Astuce pratique
Notez sur un petit carnet ou un calendrier la zone utilisée chaque jour. Cela vous évitera d'oublier.
Les étapes pour bien appliquer le patch
- Retirez l'ancien patch s'il y en a un
- Nettoyez la nouvelle zone avec de l'eau (pas de savon gras, pas de crème)
- Séchez bien la peau
- Ouvrez le sachet et décollez la pellicule protectrice
- Appliquez le patch en appuyant fermement pendant 30 secondes
- Lavez-vous les mains après la manipulation
Que faire si vous oubliez de changer le patch ?
Si vous réalisez l'oubli le même jour : retirez l'ancien patch, appliquez-en un nouveau, et reprenez le rythme normal le lendemain.
Si vous réalisez l'oubli le lendemain : appliquez simplement un nouveau patch et continuez normalement. Ne doublez jamais la dose.
Que faire si le patch se décolle ?
Si le patch se décolle partiellement, appuyez dessus pour le refixer. S'il ne tient plus du tout, appliquez-en un nouveau sur une autre zone et changez-le à l'heure habituelle le lendemain.
👁️ À surveiller chez votre proche
- Le patch est-il toujours bien en place ?
- Y a-t-il des rougeurs ou démangeaisons à l'endroit du patch ?
- Votre proche essaie-t-il de l'enlever ?
Peut-on se doucher ou se baigner avec le patch ?
Oui, votre proche peut se doucher, se baigner ou nager avec le patch. Il est conçu pour résister à l'eau.
Quelques précautions :
- Évitez l'eau très chaude prolongée (bains chauds, sauna) qui peut accélérer la diffusion du médicament
- Après la douche, vérifiez que le patch est toujours bien collé
- Séchez délicatement autour du patch sans frotter dessus
Les effets secondaires : ce qu'il faut savoir
Comme tout médicament, le patch de rivastigmine peut provoquer des effets indésirables. La bonne nouvelle : le patch en provoque généralement moins que les gélules.
Les effets les plus fréquents
Au niveau de la peau (sous le patch) :
- Rougeurs
- Démangeaisons
- Irritation légère
Ces réactions sont souvent bénignes et diminuent avec la rotation des zones d'application.
Au niveau digestif :
- Nausées
- Vomissements
- Perte d'appétit
- Diarrhée
Ces effets sont plus fréquents en début de traitement ou lors des augmentations de dose.
Autres effets possibles :
- Fatigue
- Maux de tête
- Vertiges
- Agitation ou confusion (plus rare)
🚨 Quand consulter rapidement ?
Contactez le médecin si vous observez :
- Des vomissements répétés ou une perte de poids importante
- Une réaction cutanée sévère (cloques, peau qui pèle)
- Une confusion inhabituelle ou une agitation marquée
- Des tremblements ou des mouvements anormaux
- Un ralentissement important du rythme cardiaque
💡 À retenir
La plupart des effets secondaires sont gérables. N'arrêtez pas le traitement de vous-même sans avis médical, mais n'hésitez jamais à signaler ce qui vous inquiète.
Ce que le traitement peut apporter — et ce qu'il ne peut pas faire
Soyons honnêtes avec vous
Le patch de rivastigmine ne guérit pas la maladie d'Alzheimer. Aucun médicament actuel ne le peut.
Ce qu'il peut faire :
- Stabiliser certains symptômes pendant un temps
- Ralentir la progression des troubles chez certaines personnes
- Améliorer légèrement la mémoire, l'attention ou l'autonomie au quotidien
Ce qu'il ne peut pas faire :
- Arrêter la maladie
- Restaurer les capacités perdues
- Fonctionner de la même façon chez tout le monde
Une efficacité variable
L'effet du traitement varie d'une personne à l'autre. Certains proches constatent une amélioration visible, d'autres une stabilisation, d'autres encore peu de changement perceptible.
Il faut généralement plusieurs semaines à quelques mois pour évaluer l'effet réel du traitement.
💡 À retenir
Même si l'effet vous semble modeste, le traitement peut contribuer à préserver l'autonomie de votre proche un peu plus longtemps. Chaque mois gagné compte.
Votre rôle d'aidant : essentiel et précieux
Vous êtes les yeux et les oreilles du médecin au quotidien. Votre observation est irremplaçable.
Tenir un petit carnet de suivi peut vous aider. Notez simplement : la date et la zone d'application du patch, les changements que vous observez (en bien ou en moins bien), les effets secondaires éventuels, les questions qui vous viennent. Ce carnet sera précieux lors des consultations.
Soyez attentif à l'humeur et au comportement de votre proche, son appétit et son poids, sa capacité à faire les gestes du quotidien, son sommeil, d'éventuels signes de confusion ou d'agitation.
Communiquez avec le médecin : vous avez le droit de poser des questions, de signaler vos inquiétudes, de demander des explications. Le médecin a besoin de vos observations pour ajuster le traitement.
Questions fréquentes des aidants
Et si je vois que mon proche va moins bien malgré le traitement ?
C'est possible, et c'est douloureux. La maladie d'Alzheimer évolue malgré les traitements. Si vous constatez une dégradation, parlez-en au médecin. Il pourra réévaluer la situation et adapter la prise en charge.
Mon proche refuse qu'on lui mette le patch, que faire ?
C'est une situation fréquente. Quelques pistes : appliquez le patch dans le dos, là où il est moins visible et accessible ; choisissez un moment calme de la journée ; restez doux et patient, sans forcer. Si le refus persiste, parlez-en au médecin : d'autres formes de traitement existent peut-être.
Puis-je couper le patch pour réduire la dose ?
Non, jamais. Le patch ne doit pas être coupé, plié ou endommagé. Cela modifierait la diffusion du médicament de façon imprévisible et dangereuse.
Que faire des patchs usagés ?
Pliez le patch usagé en deux (côté collant vers l'intérieur) et jetez-le dans une poubelle hors de portée des enfants et des animaux. Vous pouvez aussi le rapporter à la pharmacie.
Questions à poser au médecin
« Le traitement fonctionne-t-il pour mon proche ? » — « Faut-il envisager un changement de dose ? » — « Ces effets secondaires sont-ils normaux ? » — « Quand dois-je vous recontacter ? » — « Y a-t-il d'autres accompagnements possibles en complément ? »
Le remboursement en France
Depuis 2018, les médicaments contre Alzheimer comme la rivastigmine ne sont plus remboursés par l'Assurance Maladie. Cette décision, controversée, a été prise en raison d'un rapport bénéfice/risque jugé insuffisant par les autorités de santé.
Cela ne signifie pas que le traitement est inutile pour votre proche. Cela signifie que le coût reste à votre charge.
💡 Quelques pistes
- Certaines mutuelles ou complémentaires santé prennent en charge une partie du coût
- Le médecin peut parfois proposer des génériques moins coûteux
- N'hésitez pas à en parler avec votre pharmacien
Vous n'êtes pas seul
Accompagner un proche atteint d'Alzheimer est un chemin difficile. Vous faites face à des défis quotidiens, souvent dans l'ombre, souvent sans reconnaissance.
Sachez que vous faites déjà beaucoup. Chercher à comprendre le traitement de votre proche, c'est un acte d'amour.
Et si vous vous sentez dépassé, épuisé, c'est normal. N'hésitez pas à demander de l'aide : à votre médecin, à une association d'aidants, à des professionnels du maintien à domicile.
Vous avez le droit de prendre soin de vous aussi.
Besoin d'aide pour organiser le quotidien de votre proche ?
Si vous avez besoin d'y voir plus clair sur l'organisation à domicile, les aides disponibles, ou trouver des intervenants formés à Alzheimer, échangez gratuitement avec un coordinateur Maison Alzheimer.
Parler de la situation de mon parent